24 Apr 2014

Note D’Hours Telecom & Utilities Dans Le Cadre De La Preparation De Connecting West Africa 2014


NOTE D’HORUS TELECOM & UTILITIES DANS LE CADRE DE LA PREPARATION DE CONNECTING WEST AFRICA

      Quelle doit être la priorité principale pour améliorer l’accès aux communications en Afrique de l’Ouest?

Les 20 dernières années ont été marquées par l’explosion de la téléphonie mobile en Afrique de l’Ouest, qui a permis à une majorité de la population d’accéder aux services de télécommunications qui lui était jusqu’alors fermés, puisqu’ils étaient de facto réservés à l’administration, aux entreprises, à une faible partie de leurs salariés (cadres) et aux quelques ménages (moins de 5%) titulaires d’une ligne fixe.
Cette « démocratisation » des services de voix a eu un impact considérable sur les modes de vie et sans aucun doute sur le développement économique, et le développement de nouveaux services comme le M-Paiement devrait continuer à répondre à des besoins véritablement essentiels et à améliorer les conditions de vie de chacun.              

Trois priorités se dégagent pour les années à venir :
  •           La baisse des coûts des services de voix mobile entre les réseaux
  •           Le développement de l’accès aux services de données, notamment auprès des très petites entreprises
  •           La couverture des zones rurales en services de voix et de données


Baisse des coûts des services de voix mobiles entre les réseaux (« Off – Net »)

Le niveau élevé des coûts d’interconnexion constitue avant tout un moyen pour les opérateurs dominants de freiner l’émergence de nouveaux acteurs.
Les tarifs des communications Off – Net sont parfois le double des tarifs On – Net, voire supérieurs aux tarifs des communications internationales.
Ce niveau élevé de l’interconnexion procure à court terme des revenus importants aux opérateurs en place mais ses effets pervers, notamment pour les consommateurs, sont considérables :
  •   Frein à la concurrence (effet club)
  •   Phénomène des « multi – SIM » : selon les pays et le nombre d’opérateurs, les consommateurs finaux sont incités à s’équiper de 2 à 4 cartes SIM d’opérateurs différents. Le taux réel de pénétration (fondé sur le nombre réel d’utilisateurs) peut être deux fois moins élevé que le taux officiel, fondé sur le nombre de cartes SIM actives
  •           Coût finalement élevé pour les consommateurs qui consacrent jusqu’à 15% de leur revenu à la téléphonie mobile (contre 2 à 5% dans les pays de l’OCDE)
  • ARPU très faible et tendanciellement décroissant pour chacun des opérateurs

En règle générale, les pays d’Afrique de l’Ouest francophones ont du retard dans ce domaine par rapport aux pays d’Afrique de l’Est et/ou anglophones, dans lesquels (Ghana, Kenya..) les régulateurs ont imposé depuis quelques années des baisses autoritaires des tarifs d’interconnexion.



Développement de l’accès large bande aux services de données et à Internet

L’accès data et internet large bande reste très limité, du fait principalement de la très faible pénétration de la téléphonie fixe (0,1 à 1,5% de la population) et partant de l’ADSL.
Le développement relativement rapide de la 3G et bientôt des réseaux LTE permettra d’amélioration l’accès mais ne répondra pas à l’ensemble des besoins, notamment professionnels :

-          l’accès data et Internet large bande (> 1 Mbps) est pour l’instant réservé aux grandes et moyennes entreprises, via le réseau fixe ou le satellite (VSAT)
-          l’Internet mobile adresse essentiellement une clientèle jeune et résidentielle : les sites les plus visités sont Facebook, Google, Yahoo et YouTube

Il n’existe donc pas ou peu d’offres adaptées aux besoins et capacités du segment majeur des millions de très petites entreprises qui assurent l’essentiel de l’activité économique et de l’emploi en Afrique.

La couverture des zones rurales

La couverture des zones rurales en services de voix et a fortiori de données a toujours été différée par les opérateurs en raison des problèmes techniques (énergie) et financiers qu’elle soulève.

Sous la pression des Autorités Publiques (gouvernements et régulateurs) mais également du fait d’une certaine saturation des marchés urbains, la situation évolue (lentement) grâce à l’émergence de solutions innovantes dans les domaines de l’énergie (solaire) et du transport (satellite).

La couverture rurale dans des conditions rentables requiert de réaliser des analyses géomarketing assez approfondies permettant d’adapter finement les équipements radios (TRX) aux besoins réels. Elle devrait d’autre part être facilitée par le développement assez rapide du partage de sites et l’apparition de Tower compagnies.

 Quel degré d’amélioration des réseaux est nécessaire pour offrir un accès fiable aux services de data?
Les principaux problèmes sont :

-          En ville, la qualité des réseaux fixes filaires (et leur éligibilité à l’ADSL) dont la réhabilitation est très couteuse
-          A l’échelle des pays, l’absence ou la saturation des réseaux de transports (backbones) qui ne peuvent répondre aux besoins exponentiels en capacités induits par le déploiement des réseaux 3G.

 Comment les réseaux LTE se développent-ils dans la région? Qui sont les leaders et qu’est-ce qui fait de leur stratégie un succès?

Le développement des réseaux LTE est pour l’instant plus lent en Afrique de l’Ouest qu’en Afrique de l’Est où existent quelques acteurs majeurs comme Smile. Le Groupe Suisse YouMee Africa, déjà présent au Cameroun, vient d’annoncer le lancement de ses activités en Côte d’Ivoire.

Quels sont les derniers  développements dans les services fixes/wireless?
Comment les opérateurs peuvent-ils contrôler les coûts pour maximiser leur profitabilité?

-          Par la mise en commun des infrastructures de transport (backbones) et des infrastructures passives des sites radios
-          Par la limitation progressive des capacités d’accès radios (3G/4G) en fonction de la consommation mensuelle des clients (formules de « faux illimité »)

Quels développements de satellites vont avoir le plus d’impact sur le secteur des communications dans la région?

L’apparition des offres satellitaires en bande Ku et surtout Ka permet une réduction drastique des coûts de bande passante, d’une part pour l’activité de backhauling, et d’autre part pour le développement d’offres de services managés d’accès large bande individuels.

Ces offres devraient notamment permettre d’adresser le segment des TPE dans les petites localités et les zones rurales où le déploiement d’infrastructures de transport terrestre est trop couteux.

Quel est l’impact des technologies de fibre sur le marché de la région?

Cet impact porte essentiellement sur le déploiement de réseaux de transport (backbones) nationaux et internationaux, terrestres et sous-marins, qui ont décuplé les capacités de connectivité large bande au moins le long des côtes de toute l’Afrique et qui devraient en faire baisser le prix si les conditions de concurrence et d’accès libre s’améliorent.

En termes d’accès, cet impact, pour des raisons de coût d’investissement, restera limité à court et moyen termes aux (très) grandes villes pour le raccordement des administrations, des grandes entreprises et éventuellement de grands ensembles immobiliers professionnels et résidentiels.

Comment les régulateurs et gouvernements soutiennent-ils l’investissement dans les réseaux de la région?

Les gouvernements soutiennent essentiellement les investissements dans les backbones nationaux, par la recherche de financements internationaux et la mise en place de PPP (Partenariat Publics Privés) mais ces processus sont très lourds/lents à mettre en œuvre et n’emportent pas nécessairement l’adhésion des opérateurs privés dans un contexte très concurrentiel.

D’un autre côté, gouvernements et régulateurs ont (trop) tendance à considérer le secteur des télécommunications comme une source intarissable de revenus à travers la mise en place régulières de nouvelles taxes, de plus en plus souvent assises sur le chiffre d’affaires et donc très pénalisantes pour les opérateurs.

Quelles sont vos attentes pour le salon Connecter l’Afrique de l’Ouest cette année?


Rencontrer des opérateurs et régulateurs et les sensibiliser à l’intérêt et l’apport de l’analyse géomarketing pour améliorer l’efficacité et la rentabilité des réseaux, notamment en zones rurales.



Dominique Baron est Président d’Horus Telecoms & Utilities, une société de conseil au service des opérateurs de télécommunications et investisseurs dans le domaine du marketing, de la distribution, gestion, organisation et financement. Il donnera une présentation sur comment répondre à la demande de services en milieu rural dans des conditions économiques difficiles dans la conférence Connecter l'Afrique de l'Ouest à Dakar en Juin.